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Santé publique : Quand les Etats nous maternent

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L’État se prend pour notre maman. Or nous sommes grands et n’avons pas besoin d’une autorité supérieure pour nous interdire de faire telle ou telle chose. En revanche, nous avons besoin d’être avertis et de recevoir une information raisonnable et proportionnée. Les États devenus maternels veulent nous protéger de tout mais n’ont pas les moyens pour le faire. Il vaudrait mieux d’abord diminuer les risques réels, plutôt que les risques virtuels ou potentiels, et lutter contre.

Santé publique

Les priorités de santé publique mériteraient, selon moi, d’être définies une fois par an par un scientifique et non par un homme politique, comme cela se passe aux États-Unis avec le Surgeon General, un médecin indépendant nommé par le Président pour définir les priorités médicales du pays. C’est ainsi le Surgeon General qui avait commencé la guerre contre le tabac et initié plus tard la lutte contre les drogues intraveineuses. Cette personne pourrait être nommée sur proposition du président de la République et sur validation de la Chambre des députés mais sans dépendre des politiques. À l’heure actuelle, en France, le directeur général de la Santé, qui se trouve à la tête du ministère du même nom, est trop dépendant de son ministre de tutelle et doit aussi jongler avec la réglementation. Il faudrait une personnalité expérimentée, douée de nerfs solides et d’un poids suffisant pour se saisir des sujets primordiaux, de façon indépendante, sans être influencée par les effets de mode et l’emballement médiatique. On ne peut pas laisser cette tâche aux politiques, ni à l’hyperréactivité de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une instance politique internationale dont les avis ne sont pas toujours les plus pertinents.

Cet expert devrait être capable de hiérarchiser les risques. C’est un point essentiel. De nombreuses préoccupations de notre société portent sur des « détails ». On s’inquiète par exemple d’une baisse du quotient intellectuel (QI) et l’on accuse les phtalates ou autres produits chimiques présents sous forme de traces dans l’environnement et les produits de consommation courante (comme les rouges à lèvres et les cosmétiques), mais je pense que c’est faux ! Notre intelligence tout comme notre espérance de vie ne cessent d’augmenter… Nous sommes peut-être à la veille d’un désastre qui va éradiquer la population humaine mais, globalement, je ne pense pas qu’il soit raisonnable de s’inquiéter tous les jours pour cela ! Il faut remettre les choses en perspective. Il existe des risques prouvés dont il faudrait davantage se soucier. Ce sont par exemple le tabac, l’excès de sel et de sucre dans l’alimentation ou encore les infections nosocomiales à l’hôpital. Voilà de vraies priorités qui mériteraient d’être listées. Avec Philippe Garnier, ancien médecin de la Direction générale de la Santé1, nous avions estimé à environ 20 000 morts par an les conséquences des infections nosocomiales. C’est donc un risque considérable qui cause plus de décès que l’épidémie d’Ebola ! Ce sont de tels enjeux dont il faut s’occuper plutôt que des risques potentiels liés à des substances chimiques ou aux ondes des téléphones portables.


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