Depuis 2001 et les attentats du World Trade Center, il ne se passe guère de temps sans que les médias évoquent un attentat terroriste, une menace d’attentat ou des opérations en cours pour contrecarrer les plans des organisations terroristes les plus connues, telles qu’Al-Qaida. Le terrorisme est devenu un thème central de notre environnement médiatique, et l’on peut légitimement s’interroger sur les effets d’une telle omniprésence sur nos comportements, nos peurs et nos réactions. En quoi l’évocation régulière d’une telle menace modifie-telle notre perception du monde et nos choix politiques ?
Une expérience a permis de répondre à cette question.
Le psychologue Peter Fischer a réuni des volontaires et leur a distribué des coupures de presse faisant état une forte menace terroriste dans le pays. Puis il leur a distribué un autre document relatant le procès d’un voleur de voitures, et leur a demandé de proposer une peine pour ce délinquant.
Les résultats ont montré que les volontaires ayant lu les coupures de presse sur la menace terroriste ont proposé des peines de prison bien plus lourdes à l’encontre du délinquant que des personnes ayant lu des articles plus modérés sur le risque d’attentat terroriste. Ces volontaires avaient été impressionnés par la menace terroriste lue dans les journaux et avaient réagi par une plus grande fermeté à l’égard de perturbateurs de l’ordre public au sens large, même si le champ d’action de ces perturbateurs n’était aucunement lié à la menace.
Une autre partie de l’expérience a répété ces résultats avec des photographies de reportages faisant apparaître des victimes d’attentats. Dans l’ensemble, cette étude a donc révélé que la perception d’une menace terroriste rend plus intransigeant vis-à-vis de délits qui, pourtant, n’ont aucun rapport avec la menace terroriste en elle-même.
Selon ces expériences, la présence d’une menace terroriste dans l’esprit des gens les inciterait à exprimer une attitude plus intransigeante vis-à-vis de toute forme de trouble de l’ordre public. Qu’en est-il dans la réalité ?
Au cours de ces dernières années s’est en effet dessinée une évolution des thèmes de la politique intérieure, avec l’arrivée en force de thèmes concernant la sécurité et l’ordre social. Une première fois à l’occasion de l’élection présidentielle de 2002, puis récemment lors de l’élection de 2007, où les deux principaux candidats présents au deuxième tour de l’élection présidentielle s’étaient distingués par une politique d’ordre et de retour à des valeurs traditionnelles.
Selon les expériences de P. Fischer, une telle évolution peut être interprétée à la lumière de la montée du terrorisme et de l’image qu’en donnent les médias. Les attentats du 11 septembre 2001 ont instauré un nouvel ordre mondial à la fois dans la politique internationale et dans le ton général des médias. Le public a été exposé à une masse d’informations accrue sur les thèmes touchant au terrorisme. Et d’après les résultats de cette expérience, nous exprimons automatiquement une recherche d’ordre et de répression de toute forme de délinquance, lorsque nous percevons une telle menace.
Selon P. Fischer et ses collègues, ce phénomène est imputable aux effets particuliers de la terreur dans l’esprit du public. Toute forme de menace terroriste serait interprétée par le cerveau comme une menace à l’encontre de l’ordre social. C’est pour cette raison que les individus exprimeraient un besoin accru d’ordre social, y compris dans des domaines n’ayant aucun lien avec la menace terroriste.
Conclusion
Aujourd’hui, la menace terroriste est devenue le prototype de la menace au sens large, imprévisible et meurtrière, autour de laquelle se sont développés un discours et une symbolique que chacun a intériorisés à des degrés divers. Nous n’avons que rarement conscience des changements que cette symbolique produit sur nos comportements. Or, cette influence est à présent démontrée par des expériences simples : à chacun de s’interroger sur ses choix politiques et de savoir dans quelle mesure ils sont le résultat d’un raisonnement conscient ou d’influences qui lui échappent largement.
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