Les médias nous livrent ce que nous croyons être une juste représentation du monde. Il est bien rare que l’on remette en question leur version des faits, et le plus souvent nous sommes persuadés que le monde est tel que le décrit le journal télévisé. Terrorisme, grèves, enlèvements d’enfants, pédophilie, corruption politique : tout ce qui est dit à la télévision est forcément vrai, puisque « cela passe à la télévision ». Mais derrière cette construction se cache une réalité parfois très différente. Les reportages comportent souvent des approximations, parfois même des inventions pures et simples. Malgré cela, nous les croyons le plus souvent, et n’exerçons pas toujours l’esprit critique nécessaire. Pourquoi cette crédulité ?
Il semble que certaines informations, particulièrement celles qui sont diffusées sur un mode rapide et en flux tendu, soient tenues pour vraies parce que cela rend leur compréhension plus aisée. C’est ce que montre une expérience.
Trois psychologues, Daniel Gilbert, Romin Tafarodi et Patrick Malone de l’Université du Texas, ont fait lire à des volontaires un texte décrivant un individu nommé B. Les volontaires devaient d’abord lire le texte, puis on leur présentait des informations qui, dans certains cas, avaient un rapport avec le texte, et dans d’autres avaient été entièrement inventées. Ces « fausses informations » étaient globalement à caractère négatif, et pouvaient donner une mauvaise impression de B. si on les tenait pour vraies.
Les volontaires ont alors été répartis en deux groupes. Ceux du premier groupe devaient indiquer, pour chaque information qu’on leur présentait, s’il s’agissait ou non d’une information réelle concernant B. Pour cela, ils avaient le choix entre appuyer sur un bouton portant l’inscription VRAI ou un bouton portant l’inscription FAUX.
Mais les volontaires du second groupe avaient une autre consigne : « Lisez chaque information le plus vite possible et efforcez-vous de la comprendre. »
À l’issue de ces deux premières phases, les psychologues ont demandé à tous les participants leur impression sur le personnage B. Il s’est avéré que les volontaires du premier groupe avaient une impression assez juste de Monsieur B., qui correspondait à la description initiale. Mais les volontaires du second groupe avaient une impression négative de Monsieur B. Ils avaient cru une majorité d’informations fausses, qui colportaient une mauvaise opinion de B. À la différence des membres du premier groupe, ils avaient tenu ces informations pour vraies.
Ainsi, le seul fait de devoir comprendre l’information rapidement les avait conduits à croire ces informations vraies.
Comment interpréter cette expérience ? La nécessité de comprendre rapidement une information dense pousse l’individu à supposer cette information vraie. En effet, il semble que le présupposé de vérité soit une aide à la compréhension. Croire qu’une information est vraie aide à en assimiler le contenu, l’articulation, le sens. Ainsi, lorsque le flux de l’information se déroule vite, nous avons tendance à céder à ce présupposé de vérité, pour mieux assimiler le sens.
Ce phénomène s’applique bien entendu à l’information télévisée. La télévision est spécialiste de l’information rapide. On ne dispose que de très peu de temps pour l’analyser. Dans ces conditions, ce « biais de crédulité » joue à fond : vous devez vous accrocher au flux rapide du discours et des images pour suivre le propos et le comprendre. Dans ce contexte, le réflexe du cerveau est de croire l’information vraie.
Conclusion
Le flux rapide d’information est un piège pour l’esprit critique. Le cerveau humain est vulnérable aux situations où il faut « comprendre rapidement ». Heureusement, l’expérience ci-dessus révèle un antidote à ce phénomène : plutôt que de vouloir tout comprendre rapidement, mieux vaut se demander si ce qu’on voit est vrai ou non. Les volontaires ayant reçu cette instruction ont peut-être compris moins de choses, mais ont formé une impression plus juste de la situation.

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